PINTAR EL CUERPO COSMOGÓNICO

PEINDRE LE CORPS COSMOGONIQUE

Pénétrer dans l’univers pictural de Carlos Rodal évoque ce ventre de la terre que sont les grottes ornées de peintures pariétales. Ses tableaux, comme autant de parois, sont couverts de signes mystérieux, de formes rupestres, de symboles chamanistiques dans lesquels dominent les silhouettes du lapin, du serpent et du cerf, figures aussi bien méso-américaines que celtiques et bien évidemment antiques. Le peintre aime puiser aux sources d’une mythologie universelle tout en inscrivant ses œuvres dans des perspectives d’identités locales, telle la culture huichole qui l’inspire tellement, mais qu’il sait relier à des imaginaires collectifs. Ainsi, dans cette vision universelle du monde, ses sculptures, véritables présences totémiques, trônent suspendues dans un temps mythique.

La grotte est un lieu traditionnel d’initiation, celle de Carlos Rodal est une invocation à la couleur par la luminosité qui irradie de ses œuvres. La couleur, le peintre s’y baigne et enduit ses toiles de leur chaleur. La grotte s’éclaire alors sous la douceur d’un rose utérin, miroite aux feux d’un jaune rayonnant, s’électrise sous un bleu caressant, tandis que les tons ocres orangés embrasent les murs d’un silence verdoyant. De l’euphorie de la couleur se détachent des formes énigmatiques, schématisées jusqu’à ne plus laisser qu’un trait qui se fait volontiers courbes et arabesques. Profondément sensuel, il trace des volutes colorées qui font se joindre le ciel et la terre dans une osmose cosmogonique. La grotte se fait voûte céleste, pailletée d’étoiles ingénues et d’arbres aux racines feuillues.

Le bleu de la terre, l’ocre du ciel, la peinture mêle les éléments et révèle les lignes d’une astronomie de l’invisible, une astronomie du corps sensible incarné dans la couleur. Anatomie en filigrane d’une cosmogonie mythique, le trait épouse les courbes d’un corps éminemment féminin. Dans ce geste chamanistique qu’est l’acte créateur, l’œuvre met au jour la matrice première, celle du féminin bien sûr, celle de la peinture toujours.

Carlos Rodal érige des œuvres comme autant de refuges poétiques, à l’instar de ses tipis d’aide humanitaire gardés par le cerf tutélaire, où il nous invite à entrer pour nous protéger.

Caroline Perrée

PINTAR EL CUERPO COSMOGÓNICO

Por Caroline Perrée

Penetrar en el universo pictórico de Carlos Rodal es evocar el vientre de la tierra que son las cuevas adornadas de pinturas parietales. Sus cuadros, como paredes, son cubiertos de signos misteriosos, de formas rupestres, y símbolos chamanisticos en los cuáles dominan las siluetas del conejo, la serpiente y el venado, figuras méso-americanas como célticas y por supuesto antiguas. El pintor ahonda en las fuentes de una mitología universal inscribiendo sus obras en perspectivas de identidades locales, como la cultura huichola que tanto lo inspira, en relación con el imaginario colectivo. Así, en esta visión universal del mundo, sus esculturas, verdaderas presencias totémicas, reinan  suspendidas en un tiempo mítico.

La cueva es lugar tradicional de iniciación, la de Carlos Rodal es una invocación al color por la luminosidad que irradian sus obras. El pintor se baña en el color y recubre sus lienzos de calor. La cueva se alumbra bajo la dulzura de un rosa uterina, reluce con los fuegos de un amarillo radiante, se electriza bajo un azul cariñoso, mientras que tonos ocres anaranjados abrazan las paredes de un silencio verdeando. De la euforia del color se desprenden formas enigmáticas, esquematizadas, hasta dejar sólo un trazo que a menudo se hace curvas y arabescos. Profundamente sensual, traza volutas coloreadas que concatenan el cielo y la tierra en una ósmosis cosmogónica. La cueva se hace bóveda celeste, bordada de estrellas ingenuas y árboles de raíces hojosas.

El azul de la tierra, el ocre del cielo, la pintura mezcla los elementos y revela las líneas de una astronomía invisible, una astronomía del cuerpo sensible encarnada en el color. Anatomía en filigrana de una cosmogonía mítica, el trazo esposa las curvas de un cuerpo eminentemente femenino. En este gesto chamanistico que es el acto creativo, la obra da a luz la primera matriz, la del femenino por supuesto, la de la pintura siempre.

Carlos Rodal erige obras como refugios poéticos, tales como sus tipis de ayuda humanitaria guardados por el venado tutelar, donde nos invita a entrar para protegernos.

Caroline Perrée